On pourrait résumer tout le problème par cet excellent dessin (que je publie ici sans autorisation parce que je ne sais pas qui l’a produit mais j’imagine qu’il l’a fait pour le diffuser…) :
Le problème a été selon moi philosophique car nous nous sommes trouvés, nous médecins, confrontés à l’interrogation sur sa santé d’un public qui en savait autant que nous, c’est à dire à peu près rien. J’ai utilisé cette métaphore pour expliquer mon problème éthique à l’époque, lorsque l’on me demandait s’il fallait oui ou non se faire vacciner : c’est comme si je demandais à mon garagiste ce qu’il faut que je fasse pour ma voiture, et qu’il réponde : ben, je sais pas, faites ce que vous voulez ! Pas très rassurant…
Mais cela soulève le problème grave de l’information et de sa diffusion. Il me semblait normal de me fier aux instances de santé ayant autorité. Mais tout a été tellement mal fait, c’est à dire de manière maladroite − médecins généralistes exclus du dispositif − et douteuse − rétention d’informations, voire désinformation −, que mon point de vue actuel est le manque total de confiance en ces instances. Ce qui est dramatique car un médecin ne peut pas se faire une opinion vraiment personnelle sur tous les sujets.
La logique voudrait que ce soit l’intérêt commun qui prévaille sur l’intérêt de quelques particuliers. Mais après tout, pourquoi le raisonnement concernant la santé serait-il différent de celui qui concerne le reste de l’économie, c’est à dire la rentabilité maximale ? Non, il faut reconnaitre qu’il y a une constance doublée d’une logique à toute épreuve… Même si, au final, le résultat sera l’autodestruction de l’espèce. Mais bon, on ne peut pas tout avoir : de gros bénéfices à court terme pour certains, et le bien être pour tous…
Les experts, eux, nous ont fait une démonstration de leur incompétence. Ou alors de leur irresponsabilité. Ou alors de leur malhonnêteté. Au choix… Voilà une analyse qui manque peut-être de profondeur, mais je crois que parfois la nuance est inutile.
Je me suis personnellement accroché avec mon chef de service, mais j’ai aussi rencontré virtuellement beaucoup de médecins qui m’ont réconcilié avec cette profession. Par exemple, certains qui ont signé comme moi la pétition interpelant le directeur général de la santé (Didier Houssin) pour ses « recommandations » concernant le Tamiflu®. Les échanges sur forums ont été des plus intéressants, même si je reste un peu sur ma faim, comme je l’ai exprimé concernant l’enquête demandée par le sénat à propos de la vaccination contre la grippe A/H1N1 et les éventuels conflits d’intérêt. J’avais envoyé ce texte après l’audition de Philippe Foucras (président et fondateur du Formindep) :
[...] Quand je compare à la prestation de la mère Bachelot (« mère » étant ici intentionnellement péjoratif), je l’ai trouvée bien meilleure (à ce petit jeu, je veux dire) que notre Philippe. Pourtant, elle était dans une situation bien plus délicate, qu’elle a habilement retournée (en gros, en diluant les responsabilités : les décisions prises ont toujours été interministérielles, sous-entendu « si vous vous attaquez à moi, c’est tout le gouvernement que vous attaquez ! »).
Mes prévisions, c’est qu’il ne se passera rien après cette enquête. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas sur le bon terrain : ce terrain est celui des « politiques » !
Je crois que l’erreur fondamentale, c’est d’aller jouer dans la cour des « grands » (notez bien les guillements) : ils ont des règles à eux que les non-politiques ne connaissent pas. [...]
Non seulement ils ne tombent pas dans les pièges éventuels, mais ils retournent la situation à leur avantage. C’est un métier ; ça s’apprend.
Avez-vous senti le moindre doute chez la Roselyne ? Objectivement elle est persuadée (en tout cas le fait croire) qu’elle ne s’est pas plantée et qu’elle referait la même chose, alors que n’importe lequel d’entre nous, à sa place, aurait démissionné et rasé les murs de honte. De l’autre côté, Philippe, voulant rester de bonne foi, s’excuse pour un truc qu’il n’a pas écrit ! Le problème, c’est qu’à partir de là, il perd de la crédibilité, parce que, contrairement à ceux qui nous font prendre des vessies pour des lanternes (petite parenthèse pour relever la capacité de la ministre à faire passer la Pologne pour un pays sous-développé sur le plan économique et sanitaire ; en attendant, ils n’ont pas déboursé presque 1 milliard d’euros pour rien, alors que nous si… mais nous sommes bien plus forts qu’eux, attention !), il montre qu’il a des doutes.
La différence, c’est que nous voulons jouer honnêtement à un jeu malhonnête : nous nous attachons au fond, quand eux, ne se préoccupent que de la forme, de l’apparence. Ce n’est pas le même exercice. Le second est sans intérêt, mais c’est celui qui marche bien pour faire de la démagogie (au sens littéral) et pour déstabiliser ceux qui s’intéressent au fond du problème.
Conclusions : les décideurs nous amusent (enfin, plus exactement : s’amusent de nous) en noyant les problèmes dans des discussions qui obscurcissent plus qu’elles n’éclairent les faits. Dans ces conditions, quel intérêt de discuter ? Pour moi, aucun. Il ne faut plus discuter (enfin de cette manière stérile, je veux dire). Il faut agir. Avez-vous pensé à ce que vous ferez si cette commission d’enquête n’aboutit à rien − ce qui est fort probable ? Moi, je pense qu’il faut sortir du jeu, et en imposer un autre : le notre. J’ai pu constater que l’effet pétition n’a pas été sans conséquences. Voilà un levier sur lequel on peut jouer efficacement ! Dominique Dupagne nous parle de la médecine 2.0. Pourquoi pas la démocratie 2.0 ? Pourquoi pas une pétition pour savoir, par exemple, si les gens (médecins et patients) veulent garder leur ministre après une preuve d’incompétence (au minimum) aussi évidente ? Et s’il n’y a pas assez de monde pour signer, alors peut-être que le peuple auquel nous appartenons a simplement ce qu’il mérite… Enfin ce n’est qu’un avis…
J’avais vu aussi ce dessin au moment de la campagne de vaccination H1N1. C’est tellement vrai ! Oui, tout notre système est basé sur le profit de quelques uns, les détenteurs du pouvoir politique et économique. L’être humain n’est plus considéré. Nous ne sommes que des « éléments ». Le pouvoir crétinise la « populace »avec des jeux et des émissions invitant des personnalités du show-biz ou du monde politique, qui gloussent et se trémoussent dans une euphorie générale.
Dans cette campagne de vaccination, tout a été fait dans le but provoquer la peur, et donc inciter à la vaccination. Bling ! C’est la cagnotte pour les laboratoires pharmaceutiques, et doublement ! (eh oui , il fallait 2 injections pour être immunisé). Tout a été flou dans les informations (très probablement voulue) et fait dans la précipitation.
Le trou de la Sécurité sociale a encore marqué des points ! D’où baisse des remboursements ou déremboursement, donc augmentation des cotisations des mutuelles. Les plus malchanceux sont ceux qui n’ont pas doit au CMU, mais pas assez riches pour cotiser à une mutuelle. Ceux-là ne vont pas de soigner ou peu.
Et si au lieu de guérir (ou essayer de guérir) une pathologie, on fait une médecine préventive avec l’aide du gouvernement, n’est-ce pas plus simple ? Il y aura moins de maladies (diabète, maladies cardiovasculaires, certains cancers), moins de traitements prescrits, donc baisse du déficit (il faudrait entre autre, une meilleure gestion financière de la CPAM et des hôpitaux). Mais ce serait la catastrophe pour les laboratoires pharmaceutiques et les entreprises de l’alimentation.
On revient toujours au même problème, le gain est plus important que tout !
Plus un laboratoire fait des bénéfices, plus il licencie : drôle de fonctionnement !