Et pourquoi pas !? Ce qui suit est un dialogue entre moi et moi. Je me suis adressé à moi-même, donc je peux me répondre en même temps… Schizophrénie affichée du type qui ne sait pas s’il aime ou n’aime pas l’espèce à laquelle il appartient…
Moi : − Mais t’en as pas marre d’écrire ?
Moi : − Non pourquoi ?
− Tu vois pas que ça sert à rien ?
− Tu veux dire pour les autres ? Pas sûr…
− Et pour toi ?
− Pour moi, j’applique simplement les préceptes de Maitre Laborit (s’il y en a bien un qui mérite le titre de Maitre, c’est lui !) : mieux vaut faire quelque chose que rester en inhibition de l’action. Donc ça me fait du bien, je le sens : je me sens plus détendu, apaisé même, d’avoir vidé mon sac. Et puis, l’intérêt d’écrire, c’est de pourvoir te relire longtemps après, ce qui permet de voir si tu changes dans tes idées, et s’il existe une cohérence dans tout ce que tu racontes.
− Bon, et pour les autres, alors ?
− Si quelqu’un en fait quelque chose tant mieux, sinon tant pis… Je sais qu’il y en a toujours qui trouvent un intérêt à écouter des sons de cloches différents. Moi le premier. J’ai même trouvé un réconfort, parfois, en entendant ou constatant des comportements qui m’ont fait me dire : tiens, tout n’est pas complètement pourri dans cette espèce qui est la mienne ! Ça réchauffe le cœur ! J’espère, moi aussi, réchauffer le cœur de quelques uns en écrivant ces lignes. Ce ne serait que rendre ce que d’autres m’ont donné, comme je viens de le dire. J’imagine bien que je dois en énerver d’autres, mais ça n’est pas bien grave.
− Ouais, j’allais le dire : tu vois pas que tu fais chier avec tes états d’âme ? On sait plus ce que tu penses, finalement. Par exemple cette histoire de don d’organe. Et de peine de mort…
− Je sais bien, c’est pas facile… Même pour moi. Mais pour simplifier, je dirais que j’aime bien ce qui grandit l’humanité, c’est à dire : aider son prochain toujours plus, et faire disparaitre la barbarie, par exemple… Mais en toute fin d’analyse arrive cette question : quel en est l’intérêt ? Comme je l’ai écrit dans Bhopal, quel intérêt d’écoper quand c’est tout le navire qui prend l’eau de partout, et qui va disparaitre ?… Cette disparition étant, il faut bien le dire, ce qui peut arriver de mieux pour la planète… Non ?
−… J’sais pas.
−… Moi non plus.
− En attendant ?
− Ben, mon p’tit vieux, je pense qu’on n’a pas bien le choix : faire du mieux qu’on peut en espérant qu’un changement va s’opérer dans les consciences. Il ne reste qu’à donner l’exemple : rester respectueux envers autrui et proposer d’autres façons d’être, notamment par la voie de l’aiki, pour ce qui me concerne. Et si possible, en profitant des plaisirs offerts par cet état passager et instable d’être vivant. Bref, pour tout dire : tâcher de rester digne, envers soi d’abord, et autrui.
− On a quand même l’impression que tu es bien rigide, souvent.
− Je sais. Mais, je me suis rendu compte que je n’aime pas négocier. Négocier c’est faire du sur place. Je crois qu’il faut essayer d’être entier : j’ai une position, elle est bonne ou mauvaise. Si je pense qu’elle est bonne, je la défends sans concessions ; si on me prouve qu’elle est mauvaise, je change de position. Cela suppose d’être suffisamment courageux pour tenir une position, même seul contre tous, et honnête pour reconnaitre qu’on a eu tort. Je le dis souvent, j’aimerais bien sur certains sujets avoir tort… ne serait-ce que quand je dis penser que notre espèce est une erreur.
− Certains pourraient penser que tu es bien pessimiste.
− On dit qu’un pessimiste est un optimiste informé… Plus sérieusement, optimisme et pessimisme sont des notions ayant peu d’intérêt, car très subjectives. Cela relève plus du caractère, et je dirais, comme Edgar Poe, que « je suis optimiste… sur rien ! » Autrement dit, j’ai un caractère optimiste, mais rien dans l’analyse objective des faits ne me permet d’être conforté dans cet état d’esprit.
− Finalement, tu as fait un tour d’horizon de tes préoccupations.
− Oui, et je pourrais même aller plus loin en pointant les paradoxes. Comme le don ou prélèvement d’organe qui semble si évident, alors que le don d’argent (les impôts, par exemple) ne l’est pas ; c’est pourtant un moyen très simple d’améliorer la vie de toute la communauté. Ou encore que la peine de mort soit un si grand problème d’humanité mais que rien ne s’oppose à la logique de la finance qui fait des dégâts humains considérables sans qu’il n’y ait de véritable remise en cause (même après une crise qui a failli tout foutre en l’air). Je me demande si tout cela, finalement n’est pas un peu de détournement de l’attention, en offrant une pensée juste assez « humaine » pour éviter une remise en cause en profondeur du système de pensée…
Dans ce texte, je me suis amusé à me parler à la 2e personne du singulier, ce que je n’ai jamais fait jusque là… Cela m’étonne toujours lorsque quelqu’un le fait : « Applique-toi sur ton prochain service, mon grand ! », ou : « Qu’est-ce-que tu peux être bête, mon pauvre ! », etc. Moi, je me suis toujours parlé à la 1ere personne… Du singulier.
PS : Un de mes amis ne comprend pas ce paradoxe : dire que tout est inutile tout en ne cessant de vouloir que ça change… Ben c’est bien tout mon problème. Mais je ne suis pas un cas extraordinaire car Albert Camus a déjà décrit ce « syndrome » dans son (génial) concept de « l’homme absurde ». Pour faire court, il considère que l’homme doit faire face à l’absurde − qui « nait de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » , et qui est « ce divorce entre l’esprit qui désire et le monde qui déçoit, ma nostalgie d’unité, cet univers dispersé et la contradiction qui les enchaine » − et la solution qu’il trouve est la révolte (préférable au suicide, et je suis bien d’accord), sachant d’avance qu’elle sera sans effets.
Entre autres conclusions que tire Camus dans Le mythe de Sisyphe, celle-ci : « Un homme conscient de l’absurde lui est lié pour jamais. Un homme sans espoir et conscient de l’être n’appartient pas à l’avenir. »
Je n’appartiens donc pas à l’avenir… Mais je le savais depuis longtemps car mes propres enfants m’ont offert il y a de nombreuses années une tasse sur laquelle est inscrit : « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Moi j’appartiens plutôt au passé… Faites comme moi, la grasse matinée. »
C’est ma tasse préférée…
PPS : Dans Le mythe de Sisyphe, encore, à propos de l’homme absurde : « Son courage lui apprend à vivre sans appel et se suffire de ce qu’il a, son raisonnement l’instruit de ses limites. Assuré de sa liberté à terme, de sa révolte sans avenir et de sa conscience périssable, il poursuit son aventure dans le temps de sa vie. Là est son champ, là son action qu’il soustrait à tout jugement hormis le sien. Une plus grande vie ne peut signifier pour lui une autre vie. »
Note de l’administrateur : le commentaire qui suit était destiné au texte : Secourisme pour les nuls
Bonjour , je suis bluffée par toutes les explications que je viens de lire , tellement vous êtes réaliste. C’est la toute première fois que je réussi à me souvenir de tout grâce à la simplicité des explications , l’intelligence des propos il faut le dire, qui ne nous prennent pas la tête . Quand j’ai terminé la lecture , je me suis dis , cette fois je me sent à la hauteur , on a besoin de continuer à lire jusqu’au bout , parce qu’effectivement quand on peut faire simple , pourquoi faire compliqué . Des personnes comme vous devraient pouvoir expliquer de cette façon dans les écoles comment sauver une vie sans bourrage de crânes à des élèves de tous âges !!!!et cela chaque année ,afin qu’à tout âge même des enfants connaissent les gestes qui sauvent sans avoir recours à des cours de secourisme !!!merci beaucoup !!!!