Mariage

J’aurais pu mettre ce texte dans « lettre ouverte »… à Cyril, donc, mais je pense que sa place est plutôt dans « juste pour rire », où j’avais déjà annoncé qu’un jour je dirai deux ou trois mots sur le mariage. Il fallait juste attendre que l’occasion de le faire se présente. Voilà…

Juste avant, je voulais relater cet échange entre deux de mes amis qu’on m’a rapporté un jour : « − Marco ne vient pas à ton mariage ? − Non ! Je crois qu’il n’aime pas le concept… » Ça m’a fait bien rire, mais surtout ça résume parfaitement le problème. Sans l’expliquer toutefois. Alors, disais-je, voilà…

Cher Cyril,

Je suis assez ennuyé… Pour toi…

Tu viens de m’apprendre que tu allais te marier bientôt.

Malheureusement, il me faut, maintenant, te répondre… Sans te peiner… J’espère…

J’ai toujours trouvé préférable de ne pas raconter d’histoires. J’ai envie de dire que c’est encore plus vrai pour quelqu’un que j’apprécie, mais en fait c’est pareil pour tout le monde. J’ai appris que la concession ce n’est jamais bon à long terme. Cela permet juste d’éviter un possible accrochage… pour le remettre à plus tard, avec en plus le regret de ne l’avoir pas affronté dès le début pour régler le problème.

Pour être clair, je n’ai absolument aucune considération pour cette institution qu’est le mariage. Comme d’habitude, c’est quelque chose que j’ai ressenti avant de trouver les mots, les arguments, qui m’ont conduit à prendre une position plutôt « anti ».

J’avoue que j’ai tiré cet enseignement aussi de ma propre expérience, ce qui signifie que je sais quand même un peu de quoi je parle…

Je ne demande à personne d’être de mon avis, mais je souhaite qu’on me laisse avoir le mien sans être catalogué trop rapidement comme infréquentable ou méprisant. Je dirais même au contraire, que j’essaie d’être sincère. Il me faut donc développer quelques arguments pour m’expliquer.

Je répartirais ces arguments en deux catégories : personnels et non personnels.

Personnels d’abord : souvenirs d’enfance. Avec discorde, négociations, et terrain d’entente difficile à trouver, souvent, entre les familles. Avec mariages où des gens pauvres investissaient de manière déraisonnable pour offrir la plus belle image d’eux-même… qui s’avérait généralement ridicule au final. Ce que je veux dire ? Des gens déguisés, engoncés dans des costumes gênants, tirés à quatre épingles la journée… pour finir majoritairement en viande saoule et débraillée pendant la soirée. Tout sonnait faux, donc, jusqu’à ce que ce soit… pire encore. Bref, une image de la fête qui ne m’a pas vraiment laissé de souvenirs d’émerveillement. Peut-être que dans les milieux aisés c’est moins vrai, mais je n’en mettrais pas ma main au feu. L’avantage, chez ces derniers, c’est surtout de ne pas se ruiner − ou s’endetter − pour cette journée.

Mais je reconnais que l’argument est de peu de valeur parce que très personnel.

Changeons donc de registre…

Qu’avons-nous retenu, sur un plan plus général − plus impersonnel − du mariage ?

D’abord, que c’est un contrat que deux personnes signent. Contracter est la base d’une relation saine, Épicure le disait déjà. Contracter, c’est s’entendre, s’engager avec quelqu’un sur quelque chose. Qui pourrait penser que ce mode relationnel n’est pas sain pour aller dans le bon sens, en mettant bien les points sur les «i» avant de se lancer ?

Mais de quel type de contrat s’agit-il ici ?

L’absence de termes clairement exprimés est quasiment une négation de l’intérêt même du contrat. Je veux dire que celui et celle qui se marient signent un papier sans même savoir ce que l’autre signe : je sais ce que moi j’attends du mariage (selon mes valeurs, mon éducation, ma représentation personnelle d’une union sur ce mode), et j’imagine que l’autre le sait… Pire, les seules explications traditionnellement clamées avec emphase concernent la fidélité − jurée − et l’union «pour le meilleur et pour le pire… jusqu’à ce que la mort vous sépare.» Je ne sais pas si cela se dit toujours, d’ailleurs, car je ne pratique plus ce genre de cérémonies où je fais « acte d’absence ».

Problème : s’engager à ne pas changer est une négation de l’intelligence. Je ne vois pas comment on peut s’engager sur le (très) long terme en ayant un minimum d’honnêteté. L’amour ne se décide pas (enfin, je crois), et peut disparaitre. Faut-il donc continuer à tout prix à faire vivre ce qui est mort ?

S’engager par écrit, par signature, ça fait un peu « j’ai pas vraiment confiance, je préfère me couvrir… », ce qui me gêne pour une union, par amour, entre deux personnes. L’effet pervers est double : j’ai signé, je me dispense de me poser des questions (sur ma vie et celle de ma « moitié »), et je suis tranquille avec l’obligation légale pour l’autre de rester avec moi. Autrement dit, je me dispense de penser chaque jour comme un nouveau jour. Plus d’effort à faire, j’ai cédé ma vie à quelqu’un qui me cède la sienne en retour. Mieux (je sais de quoi je parle…), c’est même l’occasion, plus tard, d’en vouloir à l’autre de ce que nous avons eu un jour l’imprudence de commettre. Heureusement, les temps changent, et le divorce, depuis quelques décennies seulement, permet de se sortir de l’impasse.

Quant à la fidélité… pour certains, faire n’importe quoi (en particulier sexuellement, puisqu’on sent bien qu’il y a là un gros problème) mais tout dire, c’est être fidèle, alors que pour d’autres, poser juste un regard sur une autre personne, c’est trahir.

Bref, personne ne dit clairement ce qu’il pense, pensant que c’est évident, ni ce qu’il attend… pensant aussi que c’est évident. Comment cela peut-il finir autrement que mal ?

A qui profite le « crime » ? Au plus malin (ou dominant…) des deux, souvent, à aucun des deux, souvent aussi, ou aux deux, très rarement (soyons honnêtes). À la société, toujours. Dans cette dernière optique, cette société est-elle si merveilleuse qu’elle mérite qu’on sacrifie sa vie pour l’aider à se maintenir en place telle qu’elle est ?

N’ayant moi-même aucun besoin de reconnaissance professionnelle par une société qui m’apparait comme absurde, je vois encore moins l’intérêt d’une reconnaissance de ma vie privée, intime, par cette même société.

Je résumerais mon point de vue en disant que ce qui se passe entre deux personnes qui s’aiment ne regarde que ces deux personnes, non la société tout entière, et que leur engagement (contrat) doit être clair (par opposition à sous-entendu), en confiance (sans signature officielle) et à court terme… ce qui peut donner une chance paisible − la seule qui ait un intérêt −, et non forcée, à un long terme. D’ailleurs ça s’appelle l’union libre, et c’est la seule dont le nom me semble assez chouette, humainement parlant. Pourquoi se priver chaque jour qui passe d’un espace de liberté qui n’enlève rien à une (véritable) vie de couple ?

Et si la finalité du mariage chez des gens qui ne croient pas que la société ait à mettre le nez dans leurs affaires, c’est de payer moins d’impôts (ils sont nombreux), je ne peux qu’apporter une remarque personnelle : je préfère payer plus d’impôts que de me sentir moins libre.

Ce qu’on me propose aussi comme argument, parfois, c’est que c’est l’occasion de faire la fête. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir un mauvais prétexte pour faire la fête. Ni un bon, d’ailleurs…

On me parle aussi de la sécurité matérielle des enfants. Sérieusement, dans nos pays riches, nos enfants ne sont-ils pas bien protégés sur ce plan là ? Ah oui, jamais assez, c’est vrai…

Après ce tour d’horizon, à part réaliser un rêve de petite fille (ce qu’on peut appeler du formatage de cerveau), ou bien rassurer ou conforter les générations précédentes, je ne vois pas bien l’intérêt de la chose. Ça reste faible, quand même, comme intérêt…

En fait, si !… Du point de vue de cette société absurde, je suis infréquentable ! Tant pis pour moi… J’essaierai de survivre…

Il n’empêche que si je ne vois pas l’intérêt du mariage, je vois l’intérêt de vivre heureux. C’est ce que je te souhaite. C’est ce que je vous souhaite.

Ton invitation a été l’occasion de mettre des mots sur ce sujet qui me semble mériter qu’on en parle. J’espère que mon point de vue ne t’aura pas peiné. Ce n’est que mon point de vue, et il n’y a pas de jugement. J’essaie juste de comprendre ce monde…

Faire ce que tu crois bien de faire, c’est le plus important. Ton choix n’altère en rien l’amitié que j’ai pour toi, et j’espère que la réciproque est vraie. Ce sont les différences qui enrichissent, dit-on.

Amicalement.

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