Je voulais revenir sur l’article du même nom, pour éclaircir quelques points et ajouter quelques faits.
D’abord le titre : je ne voulais pas mettre « in memoriam » seul, parce que cela aurait donné un solennité que je ne souhaitais pas. Mais mettre directement le texte dans la rubrique « juste pour rire » ne m’aurait pas convenu non plus. Il fallait trouver un juste milieu…
Le texte, écrit pour l’essentiel quelques jours après le décès de ma mère, n’est pas vraiment une lettre ouverte, puisqu’elle ne s’adresse à personne en particulier. Et même pas à ma défunte mère. Oui, parce que je ne m’adresse pas aux morts… Chacun fait comme il veut, mais moi je ne m’adresse pas à ceux qui ne répondent jamais. Et puis, plus sérieusement, je n’en ai pas besoin. Les souvenirs me suffisent.
A propos de souvenirs, je me souviens de mes visites à la clinique, quelques jours avant son décès. Elle était épuisée, et pourtant, quand elle me voyait arriver, ses yeux s’illuminaient, son visage devenait radieux, plein d’une énergie qui semblait tellement absente quelques instants auparavant. C’était juste ma présence, ou celle de mes frères, qui faisait ça… (Comment expliquer avec des mots ce que ça fait ?)
Il s’est passé des choses étonnantes après son décès. Avec les mauvaises choses, il y a aussi une part de bonnes choses. C’est le yin / yang de la philosophie chinoise. Par exemple, cette leçon de vie par nos cousines qui nous ont accueillis, mon frère et moi, avec un grand sourire. Je me suis dit : « Mince, elles ne sont pas au courant du décès. » En fait si, mais la joie de nous voir (nous ne nous étions pas vus depuis des années) était plus grande que la tristesse. J’ai trouvé cela formidable, et je me suis dit, après, qu’on n’était pas obligé de faire une tête d’enterrement, même pour un enterrement, quand on est content de revoir quelqu’un… même pour un enterrement. Du coup, j’ai trouvé que cela me convenait mieux, et j’ai adopté cette attitude en accueillant avec un sourire, moi aussi, les gens que j’avais plaisir à voir aux funérailles de ma petite maman.
Dans les bonnes choses, il y a eu aussi le rapprochement de ma fille avec son papa (enfin… moi, quoi). C’est vraiment génial ces moments où une fille vient se coller à son père ! C’est pas que d’ordinaire elle ne le fait pas, mais là, elle ne me lâchait plus. Et puis nos échanges sur notre peine… Nous sommes arrivés à nous dire que notre peine n’était pas la disparition de la mère et grand-mère, mais la peine que ressentait l’autre. J’étais peiné de sa peine, et elle de la mienne. Du coup, ça allait beaucoup mieux…
Ma fille ne voulait pas voir sa grand-mère morte, dans le salon funéraire. Je lui ai dit que ce serait bien, que ça n’était pas du tout impressionnant, mais qu’elle devait faire comme elle voulait. Elle a fini par se décider, seule. Elle m’a dit plus tard qu’effectivement cela l’avait apaisée, et qu’elle avait pu retrouver un sommeil tranquille − qu’elle avait perdu − juste après.
Moi, je n’ai pas eu un seul moment de regret, de tristesse, depuis cette disparition. Je disais que l’on accepte mieux la mort des autres quand on a accepté la sienne. Et que j’en suis là… Cela peut paraitre un peu présomptueux, mais j’ai accepté ma propre mort. J’ai même dit à une amie que je ne tenais pas spécialement à vivre. Elle a été un peu choquée (et inquiétée surtout, me semble-t-il), mais les mots ont un sens : cela ne signifie pas que j’ai envie de mourir, mais seulement que je ne trouve pas de sens qui m’attache à la vie. Le monde est absurde (je le vois comme Camus), je suis donc là en spectateur à la fois attristé par l’absurdité du comportement humain, et émerveillé par la nature. Donc non, je ne tiens pas spécialement, non plus, à me retirer. On va dire que je suis neutre sur la question.
Je ne peux pas m’empêcher de vous faire partager ce détail que j’ai relevé en lisant un livre sur la médecine chinoise. Je n’y connais rien en médecine chinoise, mais j’ai eu envie d’en connaitre quelques bases. C’est ainsi que j’ai pu remarquer, d’après un schéma sur les éléments opposés, que pour les émotions, ce qui était opposé à la joie n’était pas la tristesse, comme selon notre culture, mais… la peur ! Je dois dire que j’ai été vraiment interpelé par ce détail.
C’est peut-être cette peur de la mort que je n’ai plus qui explique mon tempérament plutôt jovial, même après ce décès.
Comme cette rubrique n’est pas forcément drôle − malgré son intitulé − je trouve qu’y placer ce texte n’est pas une mauvaise idée… « Juste pour rire », ça peut s’interpreter comme : « amusons-nous », et tout aussi bien : « tout cela n’est pas très sérieux »… C’est comme ça − de ces deux façons − que je vois la vie. Et la mort n’est pas le contraire de la vie : elle en fait partie.
Au fait… ce que j’entends par « leçon de vie », c’est lorsque quelqu’un, volontairement ou pas, nous apporte un éclairage nouveau sur notre existence, ce qui, en provoquant un changement de comportement, nous rend la vie plus simple… et donc plus agréable.