Utopie

Chers lecteurs médecins et soignants, attention, je vais vous embarquer vers le fond de votre « âme et conscience ». La période est aux propositions de blogueurs, j’en ai une à faire, moi aussi. Suivez-moi tranquillement, je commence doucement. Alors voilà…

Aujourd’hui, j’ai vu un de mes cousins, et je lui ai demandé s’il avait regardé le reportage sur Arte à propos de Goldman-Sachs. En ce moment, c’est mon sujet favori. Il y a quelques jours déjà, j’en ai parlé à un de mes amis qui m’a dit qu’il ne comprenait pas qu’après la diffusion d’un tel documentaire, ce sujet ne soit pas LE sujet de discussion dans tous les médias… Mon cousin, lui, qui avait vu également le reportage, m’a juste fait part de son incrédulité devant la passivité de l’humanité (tiens, il me fait peut-être un début d’indignationite, le cousin…). C’est vrai, c’est incroyable de voir le cynisme impitoyable de ces grandes banques jamais assez riches. Regardez le reportage : Goldman-Sachs place des pions à tous les endroits stratégiques de la finance internationale, c’est à dire en particulier dans la politique (y compris, bien entendu, parmi les proches conseillers de la Maison-Blanche, d’où une scène particulièrement surréaliste du reportage, quand Barack Obama a toutes les cartes en main, qu’il peut changer les règles, mais se laisse endormir… pour se retrouver quelques semaines plus tard avec un renversement total du rapport de force face aux banquiers… les États-Unis s’étant endettés pour prêter aux banques !). Et banque conseillère de la Grèce, elle a spéculé contre son client (une habitude, semble-t-il, de spéculer contre ses clients…). À voir, je vous dis !

Lors de mon dernier billet, j’ai parlé de Henri Laborit et de sa façon de regarder les choses, c’est à dire à différents niveaux d’organisation. Essayons celui-ci…

Plaçons-nous un peu en dessous de l’hypothèse Gaïa (La Terre entière considérée comme un organisme) : posons que l’humanité forme un organisme constitué de cellules qui sont les humains. Et observons. D’un côté des cellules qui œuvrent dans l’intérêt commun, et de l’autre des cellules qui n’œuvrent que dans leur propre intérêt. Ces dernières, animées d’une passion dévorante pour le profit, sont prêtes à tout pour se développer, au mépris du bien-être (et de la survie, souvent) des autres cellules. Cela vous rappelle bien sûr la notion de cancer, n’est-ce pas ? Alors, je fait le postulat suivant : les banques de spéculation financière sont des cancers pour l’humanité. Si quelqu’un veut discuter sur ce point, je veux bien entendre les arguments. Mais il faudra m’expliquer ce qu’apporte la spéculation pure à l’évolution ou au bien être des Hommes, et me montrer aussi qu’elles ne font aucun dégât humain (ça, c’est pas gagné !).

Maintenant, parlons des soignants, ces humains qui soignent les autres humains. Certains ont fait un serment qui leur enjoint de soigner n’importe qui sans distinction : le serment d’Hippocrate, que certains appellent aussi − ce qui n’est pas si étonnant − le « serment d’hypocrite ». Ben oui, parce que le problème, c’est de savoir ce que l’on veut. La question qui se pose ici est : pourquoi prendre soin d’un cancer qui est en train de détruire l’organisme que nous constituons ? Dit autrement : qui voulons-nous soigner, nous soignants ? Tout le monde, sans distinction ? Au nom d’un serment qui date de 2300 ans environs (les versions « modernisées » ne valent guère mieux) ? N’y aurait-il pas eu d’évolution de la pensée et des conditions de vie depuis, ni l’apparition de problèmes nouveaux ? N’avons-nous pas à reconsidérer notre façon de soigner en considérant aussi ses conséquences ? Moi je pense qu’il y a des réflexions à avoir, libérées de vieux dogmes totalement dépassés par la gravité de la situation et érigés sous forme de « serment » sans intérêt ; qu’il faut regarder d’un peu plus haut, et je pose que soigner un spéculateur financier, c’est faire beaucoup de mal au reste de l’humanité. Voilà pourquoi, je pense qu’il ne faut pas soigner ces gens. Et qu’ainsi, ils auront le choix entre revenir vers un fonctionnement plus humain, ou rester au ban de la société. Je fais donc la proposition suivante…

Comme pour les médecins qui affichent à l’entrée de leur cabinet : « Ici, on ne reçoit pas les visiteurs médicaux » − et ce faisant ils affichent leur indépendance par rapport à cet autre cancer qu’est Bigpharma, sous organisme qui, après avoir participé au soin des humains, a évolué pour son propre compte −, je propose que ceux qui pensent que cela a un sens pourraient afficher : « Ici, on ne soigne pas les spéculateurs financiers, irresponsables et faiseurs de malheur ».

Bon, j’imagine bien que cela n’aura aucun impact sur la santé de ces gens − qui trouveront toujours, pour les soigner, des médecins plus préoccupés par leur revenu que par le bien-être de l’humanité −, mais cela permettrait de les stigmatiser. Parce que, merde, il faut bien faire quelque chose, non ? Et désolé, je n’ai pas d’autre idée. Vous pensiez peut-être à une intervention de l’État, de la Justice, des politiciens ? S’il vous plait… ce texte se veut sérieux !

L’avantage de cette proposition, c’est qu’elle ne nécessite pas de mise en place par des décideurs, des politiciens, des ministères, mais qu’elle fait appel à la seule loi qu’il faut absolument respecter, avant toutes les autres : être en paix avec sa conscience. Cela pourrait marcher si le nombre s’imposait. Une sorte de désobéissance civile. Non, pas une sorte… une désobéissance civile ! Parce que, merde (oui, je me répète), à quoi bon éthique, déontologie, serments, et lois, si c’est pour arriver là où nous en sommes : le pouvoir absolu de l’argent. Quel intérêt ? Parce que quel échec !

Bon, je vais quand même vous livrer le fond de ma pensée : c’est déjà foutu. J’ai écrit ailleurs que nous avons affaire à des bulldozers qui écrasent tout sur leur passage car les puissants sont aux manettes, qu’ils se foutent éperdument de la vie des autres qui ne sont considérés que comme de la force productive consommable, et éliminable physiquement si elle gêne. Il sont les géants aux pieds qui ne sont plus d’argile. Et en face, il n’y a plus rien à faire, ou presque. Mais c’est quand même bien de les mettre en difficulté, non ? Pourquoi ne pas se montrer, comme les bouddhistes, sans violence… mais hostiles ?!

Quand je vois les propositions − très intéressantes, bien sûr, et j’ai souscrit − de mes confrères blogueurs pour repenser la médecine générale, j’ai l’impression qu’on se focalise sur l’ongle cassé d’un cancéreux au dernier degré. Quand nous en serons au stade de la Grèce (à mon humble avis leur zone test, qui leur permet de voir jusqu’où ils peuvent pousser les limites avant de s’attaquer aux autres états), nous aurons probablement d’autres soucis que la médecine générale… (En espérant vraiment me tromper, là… Mais je n’arrive pas à imaginer que ces banquiers fous s’arrêtent spontanément en chemin, surtout qu’il suffit d’une agence de notation − 2 ou 3 « experts » inconnus qui notent un pays − pour ébranler une économie nationale.)

Bien sûr que je n’y crois pas, à ma proposition. Il faudrait une volonté qui n’existe pas. J’ai écrit ailleurs que je n’étais pas fier d’être médecin car les médecins ne sont ni meilleurs ni pires que les autres humains. C’est d’ailleurs pourquoi je ne suis pas fier, non plus, d’être humain… Mais les médecins pourraient avoir un pouvoir s’ils étaient solidaires dans les actes, avec un vrai souci de la santé de l’Homme. J’avais déjà eu une idée, encore plus utopique (oui, bon, j’étais jeune…) : que tous les médecins du monde cessent de soigner tant qu’il y aura une guerre quelque part. Ben oui, quel intérêt de soigner si on s’entre-tue allègrement pendant le même temps, pour les mêmes bonnes raisons qu’on a laissé Bhopal sur le carreau ? (Oui, le profit, l’argent, c’est ça…). Ne sommes-nous pas ridicules, nous, soignants ?

Mais bon, ça m’a fait plaisir d’imaginer une action possible contre une catastrophe probablement inévitable. Peut-être y aura-t-il d’autres idées plus astucieuses… Et peut-être qu’un jour je serai fier d’être un médecin… Et peut-être qu’un jour je serai fier d’être un humain…

PS : Je voulais intituler ce texte « J’ai dit à mon cousin que je verrai ce que je peux faire, mais que ce ne sera pas facile ». Mais j’ai trouvé un peu long pour un titre…

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7 Responses to Utopie

  1. Farfadoc says:

    A la première lecture, j’ai eu un peu le vertige. Un petit côté « bon sang mais c’est bien sûr », et l’impression de pouvoir, un peu, agir sur la dérive effrayante de notre joli monde. Et je me suis dit que c’était génial, comme idée… mais que je n’aurais jamais le courage de le faire.

    Et puis après réflexion, je suis très très contente de ne pas avoir le courage de le faire. Parce que ce qui fait du mal à tout le monde, c’est la spéculation, ok, je veux bien le croire… mais c’est le système, qui est pourri. Pas M. Dupont ou Mme Durand, même s’ils sont traders et brassent des millions.
    Je ne reçois pas les visiteurs médicaux, parce que je pense que je fais du meilleur travail en limitant mes conflits d’intérêt. Mais j’ai des patients visiteurs médicaux. C’est leur travail qui me pose problème, pas eux.
    Dire qu’on ne soigne pas les spéculateurs financiers, est ce que ce n’est pas raisonner aussi en terme de finance et d’intérêts globaux avant de raisonner en terme d’humains?
    Certains médecins pourraient ainsi décider de « militer » pour une cause ou une autre, de ne pas soigner telle ou telle catégorie de personnes. Pas pour les punir, juste pour les stigmatiser…
    Et ça, vraiment, ça ne me fait pas envie du tout.

    Alors merci, par ce billet, de m’avoir fait réfléchir, et de m’avoir rappelé pourquoi j’ai fait et je continue de faire le choix d’essayer de soigner tout le monde. Que je sois ou pas d’accord avec leurs actions ou leurs propos.

  2. puautomne says:

    Nous ne sommes pas des justiciers, pas des juges juste des médecins. Nous avons prêté serment de soigner. Je vous conseille d’écouter ça http://www.franceculture.fr/emission-fiction-une-chaise-une-voix-un-texte-a-ma-troisieme-robe-de-thierry-illouz-2012-08-26

  3. docteurdu16 says:

    Marc,
    Je suis atterré.
    Ce que tu nous proposes est la chose la plus horrible qui soit. Ne pas traiter certains patients en raison de leur profession ! Et trouver que c’est de la désobéissance civile…
    Non, c’est du totalitarisme le plus banal.
    Je crois que l’histoire du monde nous a appris que chaque fois que l’on sélectionnait, les esclaves, les musulmans, les protestants, les koulaks, les juifs, on allait droit dans le mur. Car la conscience est une chose très mal partagée.
    Je pense même que le fait de ne pas traiter les spéculateurs (juifs comme chez Goldman Sachs, cela va sans dire), faire sa propre nuit de cristal en quelque sorte, favoriserait ces spéculateurs : moins de médecine pourrait faire du bien à l’humanité tout entière. Je ne plaisante pas.
    La seule fois où j’ai refusé de continuer à traiter un patient, il s’agissait d’une vieux pédophile qui avait violé ses filles et tenté de le faire avec ses petites filles. Je lui ai trouvé un médecin de remplacement.
    Quant à la non réception des visiteurs médicaux, et il n’est pas besoin de mettre une affiche dans sa salle d’attente pour que les visiteurs médicaux le sachent, affiche histrionique pour dire non seulement je ne les reçois pas mais je le fais savoir comme les entreprises qui font des chèques pour au Téléthon pour qu’on les voit en train de donner le chèque, si elle rendait les médecins meilleurs, cela se saurait.
    Tu connais mon mauvais esprit mais penser que ne pas soigner certaines catégories d’individus rendrait le monde meilleur.
    Bien à toi.

  4. marc says:

    Avant d’être un médecin, je suis un homme. Avec ses limites, comme l’impossibilité d’embrasser la totalité de ce qui se passe, l’impossibilité d’avoir une vision réellement globale du monde. Dois-je pour autant me taire ? Parfois, nous avons suffisamment d’éléments pour prendre position. Bien sûr que le système est pourri. Cela enlève-t-il pour autant la responsabilité de ceux qui en profitent aux dépens de leurs frères humains ?

    Bien sûr que mon idée est mauvaise, mais je n’en ai pas trouvé d’autre. Je précise quand même que l’idée n’était pas de stigmatiser pour stigmatiser, mais pour essayer de ramener à la raison ces gens dont je n’arrive pas à me dire qu’ils ne sont pas quand même responsables de ce qui arrive. Pour l’instant, il n’y a rien ni personne pour le leur dire. Alors, pourquoi arrêteraient-ils d’agir comme ils le font ?

    L’idée de fond, c’est de ne pas rester les bras croisés. C’est de mettre en branle une intelligence collective, parce que quelqu’un, quelque part, doit bien avoir une amorce de bonne idée pour que nous allions ailleurs que dans le mur.

    Personnellement je trouve que refuser de soigner quelqu’un qu’on ne veut pas soigner (comme tu l’as fait, d’ailleurs), n’est pas ce qu’il y a de « plus horrible ». Cela me paraît même plutôt sain… et cohérent. Il me semble que bien plus horrible est de saigner le peuple grec par calcul, ou de mettre 8 millions d’Américains à la rue, juste pour être encore plus riche. Et peut-être plus horrible encore : de laisser faire.

    Que proposez-vous ? De continuer à fonctionner comme nous le faisons, surtout en ne changeant rien et en respectant nos bonnes règles éthiques dont on mesure ici l’efficacité ? De vous en prendre à moi parce que c’est plus simple que de regarder la réalité en face et réfléchir à l’avenir qui nous attend ? Si cela vous apaise, pourquoi pas…

    « Pourquoi pas… », parce que, je l’ai dit dans le texte, pour ce qui me concerne, je crois que c’est foutu. L’homme est trop con, je l’ai déjà écrit : l’humanité disparaitra, bon débarras ! Si cela vous amuse de penser que vous avez quelque chose de sacré en vous, juste parce que vous êtes humains, tant mieux pour vous. Moi, il y a longtemps que j’en suis revenu…

    Portez-vous bien.

  5. Randall says:

    Aie, que c’est dérangeant ! Cela me fait penser à cette proposition, qui revient comme une ritournelle, de refuser l’assurance maladie aux fumeurs. A priori c’est inacceptable, d’autant plus que les fumeurs mourant plus tôt coûtent globalement moins à la solidarité du pays.
    Mais d’un autre côté, qu’est-ce que nous pouvons faire, à notre niveau, pour que ce système qui nous emmène droit dans le mur change de trajectoire ? Les thérapies systémiques nous apprennent que couper un petit lien à un endroit peut faire évoluer un système devenu pathologique. Et il est tout à l’honneur de l’auteur d’évoquer une solution à sa disposition.

    Je crains, comme il le regrette lui-même, que cela ne change rien. Mais ce n’est pas une raison pour abandonner la recherche d’une solution.

  6. Olivier Vinot says:

    Marc, j’ai l’impression que tu étais un peu en manque de polémique, une bonne façon (avec l’amour, la haine, etc..) de se faire un petit boost de neuromédiateurs..

    Tu te doutes que je n’adhère pas à ta proposition volontairement très provocante. La justice (j’entends par là le fait de juger, et éventuellement punir autrui) est une affaire trop délicate, et l’intelligence humaine (j’entends par là la capacité de prendre la mesure de la complexité des choses) est encore trop limitée pour imaginer comme bonne solution que chacun, puisse faire sa justice, en étant libre de mettre le curseur du bien et du mal où il le souhaite. D’ailleurs, dans notre domaine médical, cet « embargo » n’aurait pas beaucoup d’impact, hormis dans un contexte d’urgence vitale où le recul suffisant pour un tri correct est rarement possible..

    Mais je voulais aussi dire à Farfadoc, dont j’ai bien apprécié le ton du message et dont je partage la conclusion, qu’il ne faut quand même pas aussi facilement dédouaner les acteurs de leur système, lequel ne se maintient que parce qu’ils le cautionnent de leur participation trop aveugle quand ce n’est pas cynique. Idéalement, chacun devrait passer ses actes, personnels et professionnels (notre travail fait partie de notre vie) au filtre de sa conscience. C’est cette liberté de choisir qui nous permet d’être autre chose que des pions. « J’ai fait mon travail », « j’ai obéis aux ordres » ou « c’est la faute au système » ont déjà servi de très mauvais prétexte à beaucoup d’abominations…

    Je vous propose une autre solution que j’essaie d’appliquer depuis quelques années, et qui bien que moins radicale dans sa forme, demande aussi un certain courage et n’est peut être pas moins efficace à terme que celle de Marc: quand un jeune de votre connaissance, (y compris vos neveux et nièces!) vous annonce qu’il s’oriente vers de brillantes études pour devenir publiciste, commercial ou financier, vous lui demandez gentiment* pourquoi il n’envisage pas plutôt de faire un « vrai » métier utile à la collectivité (comme boulanger ou infirmier, les exemples ne manquent heureusement pas). Vous verrez, ça fout un petit malaise et les parents tout fiers de leur progéniture font un peu la gueule. Mais c’est une bonne occasion de questionner le système et de faire germer la réflexion.

    *bien entendu, si c’est votre fils ou fille, vous pouvez être plus direct et lui conseiller de chercher tout de suite un job car il est hors de question que vous l’entreteniez davantage pour poursuivre ces études à la c..

  7. marc says:

    Olivier,
    Je suis bien d’accord avec toi sur le paragraphe concernant le texte de Farfadoc (sauf que je ne partage pas, comme toi, sa conclusion − si c’est « faire le choix de soigner tout le monde »… je vais te développer ça juste après…) et tu as donné exactement les arguments que j’aurais donné moi-même dans la dernière phrase du paragraphe à propos de la responsabilité personnelle.

    Je voudrais préciser que je ne cherchais pas à provoquer, mais à rêver. Rêver que cela soit possible de remettre un peu de raison dans ce monde absurde. Et comme je sais que cela ne l’est pas, j’ai intitulé ce billet « utopie ».

    Au passage, j’ai visiblement bousculé quelques « certitudes admirables » (comme disait Laborit…) comme de suivre un serment aussi absurde que le monde (d’ailleurs, pourquoi un serment ne serait pas absurde dans un monde absurde ?) : soigner quelqu’un qu’on n’a pas envie de soigner ne peut pas être un soin de qualité (sauf urgence, bien sûr). Le dr du 16 qui, visiblement très affecté − atterré −, n’a jamais entendu quelque chose d’aussi « horrible » que ne pas soigner quelqu’un du fait de sa profession (je précise que ce n’était pas la profession que je visais, mais les actes de ces « professionnels », et leurs conséquences, exactement pour les mêmes raisons que lui dans son histoire de violeur) sait par expérience qu’il y a quelque chose de plus horrible encore : soigner quelqu’un qu’on n’a pas envie de soigner. Encore faut-il avoir l’honnêteté de se le dire, et de l’admettre. C’est curieux que l’ayant ressenti, ayant agi dans ce sens, aucune analyse ne soit arrivée au cerveau. Et quelqu’un qui n’a pas tenu son serment trouve horrible qu’on propose de ne pas tenir le même serment ! Nous restons toujours dans l’absurdité (logiquement, il n’y a toujours pas de raison qu’on en sorte…).

    Pendant que j’y suis, encore une précision. La « règle » c’est de soigner sans aucune distinction (« Je donnerai mes soins à quiconque me les demandera »). Enfreindre une règle c’est désobéir, et selon les conséquences de cette désobéissance, si c’est pour un bien supérieur, on parle de désobéissance civile (c’est pour cela que j’ai mis un lien − lire le chapitre définition). Donc, oui, il me semble que le concept s’appliquerait plutôt bien ici.

    Sinon ta proposition est sympa, Olivier, mais j’ai un peu peur qu’elle ne soit pas beaucoup plus efficace que la mienne… qui ne l’est pas du tout, bien sûr !